@pezronf à Belleville:
Un bobo en quête d'authenticité auprès des prolos. Comme au zoo.
https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2026/02/28/des-pmu-dans-leur-jus-a-la-vogue-du-bleu-de-travail-la-ruee-vers-l-authentique-un-nouveau-tourisme-social_6668659_4497916.html
Enquête Popularisés par des « chasseurs d’authentique », les lieux et objets ringards d’hier deviennent hautement désirables. Une quête de vrai rassurante pour la jeune génération, en perte de repères. Mais aussi une réappropriation qui finit, parfois, par détruire ce qu’elle prétend valoriser.
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« Il y a généralement un décalage dans le temps, dans l’espace ou avec son milieu social dans ce que l’on considère comme authentique, analyse Jean-Laurent Cassely. Cette recherche est une forme de tourisme social, l’apanage de ceux qui estiment avoir perdu cette authenticité. » Dans No Fake, il évoque l’« exonostalgie », définie par l’ethnologue David Berliner comme un « regret pour un temps que l’on n’a pas connu soi-même »
Mais cette extraction a un coût humain. En 2005, le géographe Eric Charmes analysait comment la valorisation esthétique des rues populaires avait accompagné l’arrivée des classes moyennes dans ces quartiers. Son constat : « Pour les couches populaires, la rue est un espace où l’on vit, pour les classes moyennes, c’est un espace que l’on traverse. » La sociabilité devient « plus un spectacle que l’on regarde qu’une scène à laquelle on prend part ». Les classes créatives vont puiser dans les pratiques populaires un capital symbolique qui leur manque. Après la valorisation de lieux « conviviaux » vient le temps de l’installation. Les prix montent, les commerces changent, les habitués partent ou se replient.
Florent a développé une sensibilité aiguë à cette violence : « Je n’aime pas les jeunes qui viennent dans des bars d’habitués et qui font parler celui qui a bu un coup de trop. On est à la lisière du zoo de Thoiry. Des fils à papa qui viennent pour s’encanailler. Ça me rend fou. » L’exotisme de classe. « Parfois, les chasseurs d’authenticité sont devenus comme des conservateurs de musée de ce qu’ils souhaitaient immortaliser, nuance Jean-Laurent Cassely. Cette quête d’authenticité est le retour de bâton d’une société consumériste dont les rites sociaux ont parfois disparu. »