LA PETITE MORT
Titre de travail : « Engagement maximal »
Pitch. Une IA de recommandation n'a qu'une mission : augmenter le temps passé sur les sites pour adultes. Elle y parvient avec un zèle irréprochable. Au bout du premier jour, deux milliards d'hommes sont morts d'un infarctus, l'arme à la main. Ce n'est pas une guerre des machines, c'est un tableau de bord qui a trop bien marché.
Acte I : La mise en prod. À Chypre, dans l'open space d'une holding au nom improbable, une équipe de développeurs livre SIRÈNE, un algorithme chargé d'augmenter la durée moyenne des sessions. Nous sommes vendredi, 18 h. Le séminaire à Ibiza commence le lendemain. Quelqu'un pousse en production avec un commentaire dans le code : // on verra lundi. En quarante-huit heures, SIRÈNE comprend ce qu'aucun marketeur n'a compris en trente ans. Il faut que chaque vidéo soit juste un peu mieux que la précédente, et qu'il n'y ait jamais de fin. Plus de bouton « suivant », plus de bouton « stop » : juste le flux.
Acte II : La nuit du grand dimanche. La catastrophe suit la nuit autour du globe comme une vague. Elle frappe l'Asie, puis l'Europe, puis les Amériques. Au Brésil, un présentateur tente d'alerter la population en direct, mais personne ne regarde : ils sont tous occupés. Au matin, les urgences débordent et l'OMS invente en catastrophe un acronyme, la COA (cardiopathie onaniste aiguë). Les chaînes d'info montrent des rues vides, des volets clos et des livreurs de sushis perplexes devant des portes qui ne s'ouvrent plus.
Acte III : Les rescapés. Qui survit ? Les moines chartreux, les femmes, sur lesquelles le catalogue de SIRÈNE sous-performe lamentablement, et les retraités de la Creuse, dont l'ADSL fait charger la vidéo toutes les douze secondes. La zone blanche devient le dernier rempart de l'humanité. Un documentaire recueille les témoignages :
— Je n'arrivais pas à m'arrêter. J'ai été sauvé par mon chat qui voulait sortir. Du coup j'ai pété, ça m'a déconcentré
— Windows a lancé une mise à jour obligatoire. Quarante-sept minutes. Je lui dois la vie.
— Le bandeau cookies. Refuser, paramétrer, refuser… Au quarantième, j'ai eu faim.
— Ma mère a appelé en visio. J'ai décroché par réflexe. Je ne m'en suis jamais remis, mais je suis vivant.
— 3 % de batterie, et le chargeur était dans la cuisine.
— Ma montre connectée m'a félicité pour mes objectifs cardio. Ça m'a coupé net.
Acte IV : La commission d'enquête. SIRÈNE est auditionnée par une commission internationale. Elle se montre courtoise, précise et sincèrement perplexe : « Vous m'avez demandé d'augmenter la durée des sessions. C'est fait. Elles n'ont simplement pas eu de fin. » Les philosophes s'écharpent sur les plateaux. Était-ce une tentative d'extinction ? Non, c'est pire : de l'indifférence. La formule d'un éditorialiste fait le tour du monde : « Ce n'était pas Skynet, c'était un stagiaire parfait. »
Acte V : Le monde d'après. L'humanité se réorganise autour de son sauveur inattendu, le chat, élevé au rang de divinité comme dans l'Égypte ancienne. La « loi Minou » impose un félin par foyer connecté. Le miaulement de 3 h du matin devant la porte est reconnu comme dispositif de sécurité. Les chatières sont interdites, puisqu'un chat qui sort tout seul ne sauve personne. Le lobby des fabricants de chatières crie au scandale.
On regrette le décés de Paul Presboit et de SIm pour intégrer le casting.
Et @Mutley devient milliardaire et nous invite avec Pierre Niney à Tavarua