Alors que le gouvernement se félicite de ses baisses d'impôts, la part des prélèvements obligatoires dans le PIB n'a jamais été aussi élevée. Un paradoxe qui s'explique en partie seulement par un regain de l'activité. Explications.!<
"J'ai répondu aux Gilets jaunes en baissant les impôts et n'ai pas cédé à la facilité de la dépense publique. Nous avons opéré une baisse de 50 milliards d'euros d'impôts, moitié pour les ménages et moitié pour les entreprises, sous le précédent quinquennat", a expliqué ce jeudi Emmanuel Macron.
Dans son long entretien dans Le Point, le chef de l'Etat s'est félicité d'avoir fortement baissé les impôts lors de son précédent quinquennat. Un argument repris le lendemain par Bruno Le Maire lors d'une visite en Haute-Savoie.
"Je veux rappeler que tous nos engagements fiscaux ont été tenus, de la suppression de la taxe d’habitation et de la redevance télé à la baisse de l’IS, en passant par le prélèvement forfaitaire unique à 30% et la baisse de l’impôt sur le revenu", a rappelé le ministre de l'Economie.
Pourtant, lorsque l'on mesure le poids de l'ensemble des prélèvements obligatoires par rapport au PIB, ce n'est pas ce que l'on observe. Selon l'Insee, la somme des impôts, taxes et cotisations sociales perçues en 2022 par les administrations a représenté l'équivalent de 45,4% du PIB, soit son plus haut niveau jamais mesuré.
Le poids des prélèvements obligatoires a atteint 45,4% du PIB en 2022 en France.
Le poids des prélèvements obligatoires a atteint 45,4% du PIB en 2022 en France. © Insee
Ce taux, qui avait effectivement baissé entre 2017 et 2019 passant de 45,1% à 43,8% du PIB, est depuis reparti à la hausse. En 2021 il s'élevait déjà à 44,3% avant de dépasser les 45% l'année dernière.
Quand on interroge la DGFiP, l'administration fiscale de Bercy, on nous assure pourtant que le montant d'impôt économisé par les ménages lors du précédent quinquennat atteint précisément 52,4 milliards d'euros.
Alors moins d'impôts ou plus d'impôts? Il semblerait que ce soit paradoxalement... les deux! Et pour le comprendre, il faut revenir sur l'action de l'exécutif au cours six dernières années.
De fait, les baisses de taux et les suppressions ont été nombreuses depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée. Concernant l'impôt sur le revenu d'abord, il y a eu un abaissement de la deuxième tranche d'imposition, passée en 2020 de 14 à 11%. De surcroît, le barème des tranches n'a cessé d'augmenter (+5,4% en 2022) pour tenir compte de l'inflation. Concrètement, en 2017, vous étiez ponctionnés de 14% sur vos revenus annuels à partir de 9808 euros alors qu'aujourd'hui vous payez 11% sur une tranche qui débute 10.777 euros. Pour un salarié qui gagne 1800 euros net par mois, le gain de pouvoir d'achat s'élève à environ 400 euros sur l'année.
Moins d'impôt dope l'impôt
La pression a objectivement diminué. Et pourtant lorsqu'on prend toujours les données de la DGFiP, on constate qu'en moyenne les Français ont payé plus d'impôts sur le revenu en 2022. Les recettes ont atteint 110 milliards d'euros pour 18 millions de foyers imposables contre 100 milliards un an plus tôt pour 17,6 millions de foyers. Cela représente un impôt moyen de 6100 euros par foyer fiscal imposé en 2022 contre 5660 euros en 2021.
Même paradoxe avec l'impôt sur les sociétés (IS) payé par les entreprises en fonction de leurs bénéfices. Le taux d'IS a fortement baissé lors du dernier quinquennat, passant pour les grandes entreprises de 33,3% à 25% en 2022, avec toujours un taux réduit de 15% pour les petites entreprises. Les tranches d'imposition ont elles aussi augmenté puisqu'il fallait réaliser moins de 38.120 euros de bénéfices en 2016 pour bénéficier du taux réduit contre 42.500 en 2022. Mais là encore, cet impôt a généré beaucoup plus de recettes depuis que le taux a baissé. 86,8 milliards d'euros de recettes brutes en 2022, contre 74,5 milliards en 2021. Les entreprises ont en moyenne réglé 28.000 euros d'IS contre 25.700 euros un an plus tôt.